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Cachez cette misère que nous ne saurions voir

jeudi 26 novembre 2009 :: Permalien

On le sait, dans l’édition, les secteurs les plus rentables sont ceux de la littérature jeunesse et de la bande dessinée. C’est la raison pour laquelle les éditeurs sont nombreux à se presser au « Salon du livre et de la presse jeunesse » de Montreuil, Seine-Saint-Denis. Ils flairent la bonne affaire : parents et enfants se ruent sur les étalages de livres.

Durant cinq jours, notre ville change de visage. Cette cité populaire et métissée devient hautaine, bourgeoise et blanche. On se croirait presque dans le 6e arrondissement. Les mêmes encravatés devisent autour d’une coupe de champagne et se gavent de petits-fours.

Cette année, il a fallu faire place nette pour le Salon. Une dizaine de familles roms avaient eu la malencontreuse idée de s’installer dans la friche industrielle (classée) qui fait face au Salon. Les pauvres dans l’édition, on les aime quand ils font vendre ou quand ils sont loin, là-bas, de l’autre côté de la Méditerranée ou loin à l’Est.

Il y a deux jours, les bulldozers sont entrés en action et ont détruit les baraquements précaires des Roms. Cachez cette misère que Flammarion, Hachette et Gallimard ne sauraient voir ! Les familles, les enfants déscolarisés n’ont pas été relogés. Ils campent sur le trottoir, face à l’opulent et indécent Salon. Combien de temps supporte-t-on l’insupportable ?

N.N.

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