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Carnets d’Iran 7

mercredi 22 juillet 2009 :: Permalien

Femmes d’Iran

Mardi 21 juillet 2009.
En Iran, l’après-midi, à l’heure où le soleil devient accablant, la vie semble cesser : les rues se désertifient, les boutiques baissent le rideau de fer, les administrations fonctionnent au ralenti. J’en profite généralement pour rentrer à l’hôtel et lire ou dormir. En allant prendre la clé de ma chambre il y a quelques minutes, j’ai assisté à une scène cocasse : la réceptionniste recoiffait la mèche de cheveux qu’elle laisse dépasser de son voile. Surprise, elle s’est mise à rire. Cela fait douze jours que je suis dans ce pays et je commence à entrevoir la place de la femme iranienne. Disons pour commencer qu’elles sont plurielles. Urbaines ou rurales, actives ou restant au foyer, modernes ou conservatrices, instruites ou non… Contrairement aux femmes d’Arabie Saoudite (à quelques centaines de kilomètres au sud), les Iraniennes ont le droit d’exercer tous les métiers. Elles conduisent (j’ai même croisé des taxis exclusivement réservés aux femmes), elles étudient (52 % des 2,5 millions d’étudiants sont des femmes, mais la proportion de doctorantes est bien plus faible), mais on ne les voit pas dans les cercles politiques. Plus qu’ailleurs, l’absence de distinction entre les sphères séculières et spirituelles barre la route aux femmes. Pour être un représentant du peuple, la barbe et la testostérone s’imposent. Depuis les débuts du régime, à force de luttes féministes (le terme est revendiqué), la condition de la femme s’est améliorée : l’âge légal du mariage a été repoussé de 9 à 13 ans ; la natalité, fortement encouragée pendant la guerre Iran-Irak (1980-1988) a baissé (le nombre d’enfants par femme est descendu de 7 à 2), mais la mixité n’est toujours pas appliquée. Les garçons et les filles vont dans des écoles distinctes. La jeunesse hante les centres commerciaux, les parcs et les avenues dans l’espoir d’une rencontre. Le port du voile est obligatoire dès l’âge de 9 ans. Dans les familles conservatrices, cette pratique semble débuter encore plus tôt. Certaines femmes, les plus nombreuses, portent le tchador (littéralement la « tente » en farsi), un voile noir qui couvre intégralement le corps, ne laissant apparaître qu’un bout de visage, les mains et les pieds. D’autres portent le maqna’e, un châle qui recouvre seulement la tête et qui peut être d’une autre couleur que le noir, même si celle-ci reste la plus répandue. Ce sont les jeunes femmes d’Ispahan et de Téhéran, issues de milieux sociaux plus aisés, ayant toutes suivies un cycle universitaire, qui sont les plus libérales en matière de port de voile. Habillées en jean et chaussées de tennis, leurs voiles (rouge, bleu ou or) couvrent à peine un tiers de leurs chevelures. Un jour, les femmes iraniennes pourront choisir si oui ou non elles souhaitent porter le voile et ainsi disposer de leur propre corps. Ce jour-là se rapproche, j’en ai la conviction.

N.N.

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