Le blog des éditions Libertalia

Comment peut-on être anarchiste ? dans CQFD

lundi 6 novembre 2017 :: Permalien

— REVUE de PRESSE —

Paru dans CQFD, septembre 2017.

Cap sur l’utopie

« Paris, soulève-toi avec rage et joie » (Tag anti-Loi Travail)

Comment peut-on être anarchiste ? en nos temps cyniques où règne le réformisme « ne réformant jamais rien » demande l’impétueux Claude Guillon dans son recueil d’articles, de tracts et de posts sans merci (2000-2015) portant ce titre que les éditions Libertalia ont eu le cran de sortir. Et l’auteur des cravachants La Terrorisation démocratique (Libertalia aussi) et de Notre patience est à bout (IMHO) de répondre on ne peut plus concrètement et explosivement à sa question tout au long du brûlot : en faisant la révolution, jambon à cornes !, « la révolution étant le projet collectif de la libre association d’individus libres qui commencent à changer le monde dès maintenant ». Effectivement, précise Guillon, « pour que l’utopie soit la sœur de l’action, il est possible de commencer tout de suite, dans chaque mouvement de résistance sociale, à expérimenter de nouveaux rapports : se réunir sans les vieilles organisations, occuper des lieux privés ou publics et en faire des lieux de vie et de libre expression, vérifier dans les risques partagés et les victoires communes que l’on gagne à se connaître ». Et plus loin : « Nous n’avons d’autre choix que nous déclarer nous aussi en état d’urgence. On se bouge. » On se bouge en se ralliant aux insurrections libertaires visant « l’utopie d’un monde sans frontière, sans argent et sans chefs ». S’il est vain, continue le polémiste, de dresser par avance le catalogue des mesures révolutionnaires qui s’imposent, on peut d’ores et déjà établir, « pour donner des ailes à la pensée critique », qu’il ne s’agira pas d’autogérer cette société piteuse mais de la transformer malicieusement, de bannir tout espèce de rapport de pouvoir ou d’autorité, de veiller à ce que la liberté personnelle soit confirmée par la liberté de tous, d’exalter fourieristement les expérimentations amoureuses, ou d’accepter que les assemblées générales souveraines prenant des décisions clés puissent être constituées par les manifestants dans la rue.

Dans cet état d’esprit « tout, tout de suite » et « à la rue de tracer des perspectives audacieuses », on se délecte avec la version papier des fracassantes chroniques internautiques, de mars à août 2016, du journal en ligne lundi-matin@riseup.net, un des meilleurs hymnes que nous connaissions aux débordements séditieux jouissifs (éditions lundimatin, 78 rue de constantine, 76000 Rouen). « Il faut substituer à la fiction d’une société la réalité d’une pluralité de mondes exprimant et incarnant chacun une idée propre de la vie, du bonheur. »

Pas le courage de vous résumer le dernier pensum de Philippe Riviale, le grand spécialiste de Fichte et Heidegger (mais également de Fourier) à ambitions subversives, Abolition de la conscience en civilisation marchande, règne de la valeur (L’Harmattan) qui devrait nous aider à « nous tirer de la torpeur du déjà-là, de la supposée réalité, de l’en-soi du monde ». Contentons-nous d’examiner la note 4 de la page 10 de l’ouvrage décrétant que « vouloir réfuter MM. Rosanvallon, Marcel Gauchet, Luc Ferry, Alain Renault, André Comte-Sponville et d’autres plus déplorables encore est comme essayer de planter un couteau dans du beurre mou ». Une allégation sans fondements scientifiques : je viens de réussir à planter utopistement un couteau à poisson dans une motte de beurre mou. Essayez donc pour voir.

Noël Godin