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Génération 45

jeudi 11 novembre 2010 :: Permalien

Nous ne résistons pas au plaisir de vous présenter l’incipit du récit de Jean-Pierre Biondi (Clio et les Grands Blancs), à paraître sous peu.

Certains d’entre nous – je veux dire appartenant alors à la génération des 15-20 ans – avaient connu la clandestinité, d’autres fait le coup de feu dans le maquis et sur des barricades, d’autres enfin émergeaient à la conscience politique.
En 1945, l’auréole de l’URSS, première puissance militaire victorieuse des nazis, et du PCF, le « parti des fusillés », était à son apogée. Le communisme attirait une part importante de la jeunesse ouvrière et des intellectuels. Le goût de l’histoire, l’indifférence aux réussites individuelles les rapprochaient. Les défilés organisés par le PC drainaient des centaines de milliers de manifestants réclamant le retour de Maurice Thorez et scandant inlassablement « Unité ! » à l’adresse des dirigeants SFIO retranchés derrière le mot « Démocratie ». Les oppositions de classe étaient aisément lisibles.
Dans mon lycée parisien, l’ancien collège Rollin devenu Jacques-Decour, du nom d’un professeur résistant fusillé, les enseignants communistes ou communisants (Lucie Aubrac, Jean Baby, Auguste Cornu, un ancien du Komintern que j’aimais beaucoup) étaient influents. L’ensemble des élèves, lui, venait de la classe moyenne (fils de commerçants et de fonctionnaires).
Deux raisons faisaient que mon éducation politique était plus avancée que celle de mes camarades d’études : j’étais le fils d’un parlementaire élu du Front populaire, résistant-déporté qui avait voté contre Pétain à Vichy, et j’étais né puis avais grandi dans une ville où j’avais été très tôt sensibilisé à une condition ouvrière encore digne de Zola, avant de vivre une partie de l’occupation nazie sous un pseudonyme.
Doté de ce bagage (et de sympathies libertaires pour Bakounine), j’ai fait la connaissance de jeunes trotskistes, Lucien Danon, lycéen, André Michel, typographe. Un peu plus âgés que moi (j’avais 17 ans), ils avaient à mes yeux le prestige d’une culture militante confirmée, me faisaient lire La Vérité, l’organe du PCI, et Victor Serge (Le Tournant obscur) sans me presser d’adhérer à leur organisation. Par eux, j’ai rencontré deux « responsables », Craipeau (alias Auger) et Parisot (alias Morand), et par ces derniers, un groupe de journalistes du quotidien Franc-tireur, fraîchement exclus des Jeunesses socialistes, puis Jean Rous.
À cette époque, qui favorisait un foisonnement militant intense, nourri de la conviction du « Grand soir » imminent, l’anticolonialisme constituait l’un des fondamentaux du travail révolutionnaire, s’exprimant par la solidarité avec les Indochinois déjà engagés dans la lutte de libération nationale.

Jean-Pierre Biondi

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