Le blog des éditions Libertalia

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Là où le feu et l’ours dans CQFD

lundi 7 juin 2021 :: Permalien

— REVUE de PRESSE —

Publié dans CQFD n°199 – juin 2021.

S’il vous plaît,
dessine-moi un mouton horizon

Copinage & plantigrades

Avec son roman Là où le feu et l’ours (Libertalia, 2021), Corinne Morel Darleux, familière de nos colonnes, fait feu imaginatif de tout bois, entre Alice aux trousses du lapin blanc et Petit Prince libertaire.

Première comète propulsée dans le récit, il y a cette jeune fille qui s’appelle Violette et sympathise avec des ours terrés dans une tanière. S’ensuit une errance dans le désert en quête de tribus, puis une arrivée dans une oasis hissant le drapeau pirate. Déboulent derrière une palanquée de cavaliers patibulaires, de hiboux, de sages singes et de frangipaniers – tout un univers foisonnant, qui s’adresse aussi bien aux grands enfants qu’aux petits adultes.

« Tout est vrai », écrit pourtant celle qui évoquait dans notre dernier numéro le pouvoir de l’imaginaire animalier, une fois le récit terminé, dans une sorte de postface faisant office de « glossaire, symbolique et coulisses ». Une affirmation en forme de belle pirouette, résumant bien l’ambition portée par ce premier roman gorgé d’onirisme chatoyant et d’horizons émancipateurs – Là où le feu et l’ours.

« Tout est vrai ». Et après tout, pourquoi pas ? Les histoires contées dans ces pages, celle de Violette sillonnant le désert avec ses compagnons ours, celle de Princesse Cheyenne les accueillant dans une oasis aux faux airs de Zad, celle d’un monde essoré, cramé, où de nouvelles formes d’alliances avec le vivant composent un antidote à la catastrophe, et celle, in fine, d’un univers où enfants et femmes reprennent les commandes, composent tout un arrière-fond foncièrement terrestre, où tout se tient, fait sens. Rien de galactique ou d’extra-terrestre là-dedans, simplement une redistribution des cartes laissant plus de place à la poésie, à la sensibilité et aux galops de la nature.

Car si « tout est vrai » dans ce texte, du « bruissement des toucans » à « la course des margays dans les arbres à kapok », c’est à l’aune d’une approche de la fiction comme territoire d’expérimentation et d’utopie. De l’autre côté de ce miroir, il y a certes des drames, des doutes, des défaites et des amnésies envahissantes, mais aussi l’exorcisation d’un asphyxiant présent par cet univers rêvé où les artefacts pesants de la modernité sont évacués – le désert ou la forêt pour moteurs, pas les écrans ni le spectacle.

« Je me suis mise à écrire avec une envie féroce de grands espaces arides et de végétation luxuriante », explique en fin d’ouvrage celle dont l’essai Plutôt couler en beauté que flotter sans grâce (Libertalia, 2019) mettait en lumière la capacité de l’imaginaire (littéraire en premier lieu) à endiguer l’effondrement généralisé. Plongeant dans le bain fictionnel avec ses camarades ursidés, elle a clairement rempli sa mission, barbotant gaillardement avec les saumons de l’utopie. Un pur bol d’ère.

Émilien Bernard

La Semaine sanglante sur Lundi matin

jeudi 3 juin 2021 :: Permalien

— REVUE de PRESSE —

Publié sur les sites de Lundi matin et de la Bibliothèque Fahrenheit 451, mai 2021.

Du 21 au 28 mai 1871, le gouvernement versaillais met fin à la Commune de Paris, en menant une guerre meurtrière et massacrant sans distinction et souvent sans jugement. Michèle Audin, interrogeant les archives des cimetières de Paris mais aussi de la banlieue, de l’armée, de la police, des pompes funèbres, recherchant dans la presse les mentions des charniers sous les pavés, exhumés jusqu’en 1920, des corps brûlés dans les casemates des fortifications, de ceux repêchés dans la Seine, propose un décompte des victimes de cette « Semaine sanglante ».

Son estimation est supérieure à celles de Maxime du Camp, historien versaillais, et de Camille Pelletan, journaliste radical qui n’a pas eu accès à tous les services. Comme écrivait ce dernier : « Il ne s’agit pas de se jeter des crimes et des cadavres à la tête, mais de considérer ces êtres humains avec respect, de ne pas les laisser disparaître encore une fois. »

Très brièvement, elle rappelle l’histoire factuelle de la Commune : la défaite contre la Prusse, la révolte, le massacre. Puis elle confronte aux faits l’« abondante légende dorée » qui entoure ces événements : la suppression du travail de nuit qui n’a concerné que les ouvriers boulangers, l’autogestion des ateliers abandonnés par leurs patrons et réquisitionnés, qui n’a pu être appliquée, faute de temps, l’égalité de salaire pour hommes et femmes dont elle ne trouve pas de trace, sauf un entrefilet dans Le Cri du peuple à propos du traitement des instituteurs et institutrices, sans confirmation au Journal officiel ni dans les procès-verbaux. Elle confirme la défense d’une barricade, place Blanche, le 23 mai, par un bataillon de femmes, et des participations féminines sur de nombreuses autres. Elle recense également les mentions d’élus de l’assemblée communale qui se sont battus jusqu’à la fin de la Semaine sanglante. Si un décret a bien été voté à l’unanimité le 5 avril, menaçant d’exécution d’un nombre triple d’otages, en représailles à des assassinats de prisonniers par les versaillais, il n’a jamais été appliqué par la Commune. S’il y a toutefois bien eu des exécutions (l’archevêque, des gendarmes et des prêtres), ce ne fut jamais sur décision de l’assemblée. En revanche, ce vote a immédiatement mis fin aux exécutions. Elle procède encore à de nombreuses mises au point, par exemple au sujet des viols, occultés par tous les historiens, des cours martiales.
Le dimanche 21 mai, 100 000 soldats entrent dans la ville par le Point-du-Jour, près de la porte de Saint-Cloud, tuant immédiatement des prisonniers. Michèle Audin procède donc à un méthodique décompte des morts depuis cette date, jusqu’au 28 mai. Préalablement elle passe au crible les évaluations des précédents « compteurs » : Prosper-Olivier Lissagaray (« 17 000 morts avoués »), Alfred Feydeau et Maxime Du Camp (6 667, « avec une certitude absolue »), Camille Pelletan (30 000 fusillés de Paris »), Robert Tombs (7 400). Elle présente les archives qu’elle a pu consulter, dont certaines inédites, proposent d’intégrer certaines inhumations au-delà du 30 mai, au contraire de ses prédécesseurs, et commence à égrener les registres des cimetières, à pointer d’évidentes dissimulations, voire des falsifications, pour parvenir à un « chiffre officiel » de 8 509 morts. Dans la presse, elle relève des mentions de corps jetés dans la Seine qu’il sera impossible de comptabiliser, et d’exhumation partout dans Paris : puits de la place des Fêtes, fossés de la Muette, bois de Boulogne, Buttes-Chaumont, square de la Tour-Saint-Jacques, etc. Des ossements identifiés comme ceux de fédérés, des ossuaires complets même, seront découverts à l’occasion de chantiers, jusqu’en 1920 ! En conclusion, elle estime qu’il n’est nullement déraisonnable de doubler ce chiffre minimum et officiel.
Au-delà du simple exercice de comptabilité, Michèle Audin articule de précieux témoignages sur ces journées sanglantes, participant à rendre justice aux victimes et à la « véridique histoire » de la Commune.

Ernest London, 
Le bibliothécaire-armurier

Opération vasectomie sur le site Ballast

jeudi 3 juin 2021 :: Permalien

— REVUE de PRESSE —

Publié sur le site Ballast, 31 mai 2021.

On pourrait être étonné de l’intitulé à la première lecture. Pourtant la « narration d’une histoire sociale de la vasectomie » que propose l’historienne Élodie Serna n’a rien du sujet de niche, mais enjoint à reconsidérer la contraception, masculine en l’occurrence. Ainsi au début du XXe siècle, la vasectomie est « à la fois un outil d’ingénierie sociale et une pratique dissidente pour l’émancipation individuelle et collective » : des militants libertaires œuvrent à l’appropriation par les femmes de leur corps, optant pour « l’adoption d’une nouvelle éthique sexuelle comme stratégie de lutte des classes ». Bien vite néanmoins les courants eugénistes les doublent et s’emparent seuls du discours social sur la stérilisation masculine — l’Allemagne nazie finira d’entériner une mesure dès lors proprement fasciste. La deuxième moitié du siècle voit les politiques de développement international employer la vasectomie « de manière offensive » pour juguler une croissance démographique considérée comme menaçante. Le colonialisme perdure, plus insidieux, et passe par des réseaux d’aide internationale. À un déséquilibre de genre — les femmes restent les plus sujettes à la stérilisation — s’ajoute une coupure géographique : tandis que les pays du Nord privilégient les méthodes temporaires, les formes définitives de contraception ne sont utilisées à large échelle que dans les pays du Sud. Cette histoire débouche sur les revendications actuelles qui oscillent entre engagement individuel et responsabilisation collective pour que la reproduction — ou son refus — soit réellement partagée. Les méthodes contraceptives masculines peinent toutefois à se généraliser. S’il faut les encourager, l’autrice rappelle néanmoins que « la priorisation de la déconstruction individuelle et l’assouplissement du relationnel peuvent être des stratégies de renonciation aux luttes pour la déconstruction des structures de domination ». Ainsi cet ouvrage entend-il mettre à jour les liens entre contraception et capitalisme dans l’histoire récente avec un but, « extraire la reproduction du seul champ du genre pour l’envisager sous l’angle des rapports de classe ».

R.B.

Canicule dans Le Monde diplomatique

jeudi 27 mai 2021 :: Permalien

— REVUE de PRESSE —

Publié dans Le Monde diplomatique n° 807, juin 2021.

Selon les chiffres officiels, la canicule de l’été 2003 a causé 19 490 décès. « Des sacrifiés de l’indifférence », dit Jean Stern, journaliste et auteur. Dans un récit saisissant à la première personne, témoignage et pamphlet, il revient sur cet épisode. Il est alors hospitalisé à Tenon, à Paris. Tandis que « l’hôpital s’organise pour mettre l’ensemble de ses ressources au service des victimes de la canicule », dans les journaux, « pas une ligne sur ces vieux qui arrivent aux urgences pour y mourir de déshydratation et d’hyperthermie ». Sa chambre lui est un poste d’observation pendant ce moment terrible. En parallèle, à la télévision, il entend des propos étonnants. « Tout est sous contrôle. Il s’agit malheureusement de cas ponctuels […] il n’y a pas d’engorgement massif aux urgences », rassure encore, le 11 août, le ministre de la santé, M. Jean-François Mattei, alors que la canicule a déjà tué plus de 8000 personnes. Stern rappelle le discours politique global de l’époque : « On ne peut pas tout prévoir. » À l’aune des luttes menées dans le secteur hospitalier, de la crise sanitaire et du réchauffement climatique, ce texte original et puissant trouve tout son sens.

Jules Crétois

Michèle Audin dans La grande librairie sur France 5

jeudi 27 mai 2021 :: Permalien

— REVUE de PRESSE —

Michèle Audin était l’invitée de François Busnel dans l’émission La grande librairie du 26 mai 2021 sur France 5.
À retrouver sur le replay de France Télévision :
www.france.tv/france-5/la-grande-librairie/la-grande-librairie-saison-13/2464117-emission-du-mercredi-26-mai-2021.html

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